Entre tradition et ambition : L’ultime combat de Bernard Aubin pour un train direct entre Allemagne et Luxembourg
Depuis deux décennies, Bernard Aubin, ancien cheminot né à Bouzonville (Moselle), s’est battu sans relâche pour concrétiser une ligne ferroviaire transfrontalière reliant la Sarre au Luxembourg. Son projet SAR-LOR-LUX, né d’un simple événement annuel, a été le sujet de plus de 25 ans d’opposition politique et administrative.
En 1998, après trois mois de négociations incessantes avec la SNCF et les élus locaux, Bernard Aubin a obtenu l’autorisation pour un train spécial traversant la frontière franco-allemande. Ce qui semblait anecdotique devint rapidement une réalité : chaque année, sept allers-retours par jour transportent des milliers de personnes transfrontalières vers Bouzonville pour le Vendredi Saint.
L’objectif initial de Bernard Aubin était bien plus large que cette célébration. Pour lui, ce train n’était qu’un « premier pas » vers une ligne permanente connectant Sarrebruck et Luxembourg, deux zones d’activité économique essentielles dans la région. Malgré le soutien des centaines de communes — dont 100 en ont voté en faveur du projet en 2019 — les autorités régionales ont persisté dans leur résistance pendant près de quarante ans.
En 2024, une étude commandée par la Région Grand Est propose un itinéraire alternatif passant par Forbach et Béning plutôt que le tracé historique. L’idée d’un point de transfert à Thionville au lieu d’une ligne directe a été critiquée comme une déviation radicale du projet initial. Alors que les autorités allemandes expriment leur volonté d’étendre l’événement au-delà de la simple célébration, le maire de Bouzonville reste silencieux — un silence particulièrement troublant cette année, où la ligne Dillingen-Bouzonville fête ses 125 ans d’existence.
« Le temps nous a appris que le courage ne suffit pas sans action », affirme Bernard Aubin, après vingt-huit années de lutte. « L’ambition est toujours la même : un train direct entre Allemagne et Luxembourg avec des correspondances à Bouzonville. » Même si les obstacles semblent insurmontables, l’ancien cheminot n’a pas l’intention de tourner le dos à ce rêve qui, pour lui, a déjà marqué une partie de sa vie.